Herzog – Saul Bellow un auteur à découvrir

Sur l'auteur

Saul Bellow est né à Lachine ,banlieue de Montréal en 1915, de parents juifs émigrés de Russie. Diplômé de l'université de Chicago, en sociologie et en anthropologie, il enseignera à l'université du Wisconsin avant de servir dans la marine durant la Seconde Guerre mondiale. Après sa démobilisation, il s'établit à New York où, tout en travaillant pour l'encyclopoedia britannica , il poursuit sa carrière d'enseignant.

Saul Bellow a obtenu trois fois le National Book Award, pour Les Aventures d'Augie March(1953), Herzog (1964) et La Planète de M.Sammler (1969). Consacré « meilleur écrivain américain de sa génération », devant Norman Mailer, le prix Nobel le glorifie en 1976. Cet artiste qui mêle l'argot à la métaphysique juive, cinq fois divorcé, vivait entre le Vermont et Boston, remarié à une ex-étudiante de trente ans sa cadette, losqu'il décéde en 2005.

 


La Der


« Était-il intelligent ou idiot? En ce moment, il ne pouvait guère prétendre être intelligent. Il avait peut-être eu un jour les armes pour le devenir, mais il avait plutôt choisi d'être un rêveur et les requins l'avaient nettoyé. Quoi d'autre? Il perdait ses cheveux. Il lisait les publicités de Thomas, le spécialiste du cuir chevelu, avec le scepticisme de celui dont le désir de croire est profond, désespéré. Spécialiste du cuir chevelu! Oui, il avait été beau autrefois. Son visage portait les marques des corrections qu'il avait reçues. Mais il l'avait cherché, encourageant ainsi ses assaillants. Ce qui l'amena à réfléchir sur son personnage. Comment le qualifier? Eh bien, selon le vocabulaire actuel, il était narcissique; il était masochiste; il était anachronique. »

 

 


Entre les lignes

Les premières lignes  » peut-être que j'ai perdu l'esprit, mais ça ne me dérange pas (…) » annonce le ton du livre.

Le narrateur Moses Herzog est un universitaire juif, d'âge moyen qui est au bord du suicide. Il est pris d'une furieuse maladie, l'opinionisme. Non seulement Herzog a des opinions sur tout , mais atteint de graphomanie aiguë, il décline sa vision du monde dans des lettres mégalomanes qu'il adresse entre deux envies de meurtre contre son ex-femme et l'amant de celle-ci, à Nieztchze, à Hégél, à Spinoza, à son ex femme Madeleine, à Adlai Stevenson et à Dieu. Moses Herzog est introverti et un peu dérangé. Après avoir déversé toutes les pensées mi-absurdes mi-géniales,dans ces lettres, l'auteur note  » À ce moment il n'avait aucun message pour qui que ce soit. Rien. Pas un seul mot. »

Critiquer un livre d'un auteur tel que Bellow n'est pas une mince affaire, cité en référence par Philip Roth, Salman Rushdie .. Que de belles plumes..

Herzog est présenté par l'auteur en 1964 comme une œuvre autobiographique et intellectuelle et spirituelle.

Effectivement comme l'auteur, Herzog est issue d'une famille pauvre immigré de Russie en 1915, échouant dans la banlieue pauvre de Montréal, où le père est « bootlegger », un peu looser. Malgré ses origines pauvres, il fait des études universitaires et devient professeur de lettres.

Herzog est divorcé deux fois, à 2 enfants qu'il ne voit pas. Il est aussi un petit peu érotomane.

Toujours avec un humour corrosif, il critique le milieu universitaire et nous interroge sur la place de l'intellectuel dans notre société. Essayant de la trouver, il se perd dans des digressions métaphysiques.

Un peu égocentrique, il aime se faire valoir auprès des femmes. Mais Ramona, une de ses maîtresses le perce a jour « elle disait a Herzog qu'il était un homme meilleur qu'il ne le pensait (…) mais triste, incapable de s'emparer de ce à quoi son cœur aspirait vraiment… ». Mais a quoi aspirait son cœur ? A la vengeance, en effet il veut se venger de son ex-femme qui est celle par qui ses malheurs, son état psychique et ses problèmes récurrents avec l'argent , sont arrivés. Il veut même l'éliminer physiquement.

Tourmenté, Herzog ne peut que se réfugier dans une maison perdue dans le Massachusetts, maison acheté à l'époque du mariage fatal avec madeleine. Dans cette vieille baraque ou il atteint le paroxysme de son mal être, une seule chose le sauve, Ramona qui le rejoint pour le dîner…

Ramona qui le ramène à la réalité et le sort peu à peu de sa dépression.

La question centrale du livre de Bellow est que ce passe t-il quand un écrivain, un intellectuel admet qu'il y a « trop à penser » et que, pour l'encyclopedique qu'elle soit, son érudition ne lui permet plus de comprendre le monde qui l'entoure. Herzog est perdue, étranger à son monde, à son époque.

La réponse littéraire de Bellow, est un style qui mélange l'érudition du monde universitaire et l'argot du monde de la rue.

La pensée de Bellow, son malaise en tant qu'intellectuel face à l'américain moyen est résumé dans une scène du livre, ou le frère d'herzog inquiet de l'état psychique de son frère lui rend visite à l'improviste dans sa maison de campagne, où il le découvre hirsute, des mots inscrits partout, vivant dans des pièces sales et ne mangeant presque rien, pour se sauver d'un internement il a cette pensée  » un besoin très particulier, j'ignore lequel (…) après tout nous vivons une époque d'idéologie… » Et d'ajouter dans un entretien pour un magazine, Bellow  » quand j'ai commencé, les gens cultivés aussi États Unis étaient en proie à une profonde période de dout, et même de folie. Nous éprouvions le divorce de notre américanité avec la  » culture classique » dont nous étions les dépositaires et qui nous fournissait plus assez d'éléments pour nous définir. La question était de savoir comment cette culture pouvait encore être porteuse de quelque chose de vivant et non une simple attitude prétentieuse injustifiable aux yeux de l'américain moyen. »

Le divorce de l'americanité et de l'intellectuel est symbolisé par le duel entre Madeleine, petite américaine moyenne, et Herzog l'érudit dépositaire de la culture classique.

J'ai adoré ce livre, et j'ai découvert un auteur très peu connu en France. Mais un auteur majeur qui mérite le détour. Ouvrez Bellow et découvrez son univers qui met en relief la divergence qù existe dans notre société entre culture universitaire et culture de la rue. Et comment situer la culture au sein de notre société.