Ma dernière lettre au Père Noël…

C'est la tradition dans ma famille, la lettre au père Noël. J'en ai écrite beaucoup mais une est restée dans ma mémoire, une seule.

Petit garçon déjà , je demandais à cet être magique tout ce qui faisait vibrer mon âme d'enfant.

Du plus simple cadeau, un jouet, au plus compliqué, la bonne santé d'un proche, j'y croyais dur comme fer.

Le père Noël ne pouvait pas me trahir, il ne pouvait pas puisque chaque fois que je lui demandais quelque chose il l'exaucait, mes parents y veillaient.

Et puis un jour, il oublia un souhait.

Une simple demande de bonne santé, un souhait de bonne santé.

Pour un être aussi exceptionnel ce n'était rien. Après tout il ne m'a jamais rien refuser. Mais cette fois-ci, il m'oublia. Il laissa partir  » Au ciel  » une personne si proche que mon petit monde s'est écroulé. Je me souviens encore d'avoir crié, hurlé, je ressens encore toute la colère, le désespoir qui m'avait envahit ce jour là.

Trahison.

Journée ensoleillée, mais pas de sourire. Les visages étaient fermés.

Longue marche pour un enfant, la tête remplie de question et de colère.

 » Le père Noël n'existe pas « , accroché à la main de ma mère, dans un cri devant le trou où on allait mettre cette boîte, expression enfantine simple mais vraie. Cette vue de la tombe me reste en mémoire même après 38 ans… Et en repensant à ce moment douloureux, je suis toujours ce petit garçon désespéré, à qui au désespoir on avait ajouté l'incompréhension, le doute.

Le soir après l'enterrement, ma mère est venue soulagée ma douleur, en me caressant les cheveux. Je sens encore cette caresse, cette main chaude et rassurante. La présence d'une mère si réconfortante soit-elle n'a pas permis ce jour-là d'effacer la douleur. Dieu sait que ma mère était un formidable médecin, effaçant les bobos d'un baiser, les peurs, les angoisses d'une caresse. L'amour médecin, voilà une belle pratique.

Mais ce soir là du haut de mes quatre ans, le remède n'a pas marché. Et pour la première fois de ma jeune vie, j'ai du faire face seul a la mort, ce mystère de la vie.

Seul. Quatre ans et seul.

Ma lettre au père Noël déchirée, sur mon lit mouillé de larmes.

Les enfants ont d'inepuisables larmes, larmes de joie, de peine, de bonheur, d'horreur. Larmes silencieuses. Ce soir là, toutes les larmes avaient la saveur salée de l'innocence bafouée.

Je suis sorti de l'enfance ce soir là. Je ne suis plus un enfant a cause d'une trahison.

La trahison d'un être qui m'avait fait croire à la magie, qui enchantait mon existence de petit garçon.. Tout était jeu, rire, dragons, et chevaliers qui sauvaient des princesses.

Ce soir là les princesses avaient disparu, les chevaliers étaient morts et les dragons me pourchassaient.

Seul, infiniment seul avec ma lettre au père noel déchirée. Et la caresse de ma mère n'y a rien changé, le petit garçon avait grandi malgré lui.

Je me souviens du regard de ma mère devant ce petit garçon qui lui proclamait haut et fort entre deux sanglots  » je ne lui écrirai plus !  » . Ce regard plongé dans le mien, douleur de maman devant l'impossibilité de soulager son fils, je le sens encore sur moi, pesant.

En l'homme que je suis aujourd'hui, il reste un peu de ce petit garçon trahis, et j'ai encore un peu de cette lettre qui me colle à l'âme les soirs de Noël.

Encore un garçon, qui voudrait rester encore un peu petit.

Encore un homme qu voudrait trouver de la magie en ce monde.

Juste un petit peu de magie.