Lectures au coin du feu

L’année commence et jour après jour Les libraires remplissent leurs rayons de nouveautés..

On farfouille, on attend nos auteurs favoris et leurs nouveaux romans.

Un véritable Phénomènes naturels

En ce début d’année littéraire m’offre l’occasion de renouer avec trois auteurs que j’adore.

Il est rare qu’une année nous offre trois des plus grandes plumes de la littérature française et américaine.

Ma première joie a été de découvrir le nouveau roman de Jonathan Franzen.

Écrivain majeur américain qui nous a déjà envoûté avec son roman Les Corrections qui est son premier roman traduit en français, mais en fait son troisième roman édité aux États Unis. Les Corrections paru en 2001 a récompensé son auteur du National Book Award. Freedom son quatrième roman paru en 2010 l’a vu sacré « Plus Grand Romancier Américain » par le Time Magazine.

Le style Franzen est difficile à expliquer, c’est un auteur qui a une extraordinaire manière de ressentir son époque, la société. Il décrit avec minutie et de manière ultra réaliste son époque, ses récits sont souvent multidimensionnels, croisant sans cesse les destins de ses personnages en tissant un savant mélange de situations cocasses à des histoires dramatiques. Il s’est aussi confronté au récit autobiographique dans Zone d’inconfort.

Dans son dernier roman Purity paru en 2015, il traite avec justesse de la prégnance des réseaux sociaux et de l’influence de plus en plus forte qu’ils ont sur la société, la politique. Roman dans lequel il pose la question de la Vérité et de la manière dont on peut la manipuler et dans quels buts.

Le premier février paraîtra son dernier roman Phénomènes Naturels qui est en fait son deuxième roman paru outre-Atlantique en 1992 mais seulement traduit cette année. On ne peut que déplorer ce temps perdu. Ce roman est multiple à la fois comédie familiale et thriller écologique et économique, c’est un second roman qu’on lira cherchant les prémices du romancier que Franzen est aujourd’hui. Nous verrons à travers la plume ascerbe de l’auteur des Corrections un pays qui se déchirent sur les ravages du Sida, les questions de l’avortement, les lobbys financiers.

N’oubliez pas ce roman, Phénomènes Naturels de Jonathan Franzen et vous serez peut-être un ou une inconditionnel de cet auteur majeur américain.

Et si la vie n’était qu’une Microfiction ?

Et la France dans tout cela, me diriez-vous ? Elle est présente et représentée par un auteur atypique Regis Jauffret.

Vous connaissez? Un petit effort de mémoire, quelques titres pour vous aider.

  • Asile de fous (2006)
  • Univers univers (2003)
  • Sévère
  • La ballade de Rikers Island
  • Claustria
  • Bravo

Et bien sûr le Roman.

Enfin les romans Microfictions paru en 2007, un improbable pavé de plus de mille pages contenant cinq cents histoires courtes de deux pages.

La surprise chez les lecteurs fût complète et maintenant ce Microfictions fait référence dans l’art de l’histoire courte. Cinq cents histoires noires qui mises les unes avec les autres forment une veritable peinture de l’humanité.

Onze ans plus tard, Regis Jauffret nous refait le coup. Un second volume d’histoires courtes de deux pages intitulé Microfictions2018 mais il pousse le noir, il explore nos tabous, nos angoisses le plus loin possible qu’il lui est possible. C’est le style Jauffret, explorer les angoisses, les tabous de l’humain sans vulgarité, sans en rajouter, mais avec ce style inimitable de pouvoir transformer l’horreur, l’ignominie en saynète de théâtre, en vaudeville.

Jauffret prend du plaisir dans ces histoires courtes, et cela se sent. Ce deuxième volume est aussi enthousiasmant, stimulant que le premier alors foncez!

Plongez dans ces Microfictions, immergez-vous dans cet horror show!

Mille et une vie ou l’exploration des possibles

J’ai gardé le meilleur pour la fin, le géant Paul Auster revient après trois ans d’écriture. Fini les entretiens, les interviews, les conférences. L’écriture et rien que l’écriture pour ce monstre, ce géant des lettres américaines. Paul Auster et son texte, un entre soi de trois années! Cela donne au final un immense roman de plus de mille pages, écrites, raturés, corrigés et finalisées. Il a forgé à l’encre les âmes de ses personnages, leurs destins et puis il a imaginé d’autres destins.

Mais qu’est-ce que la destiné d’un homme? Et si les choses s’étaient passé autrement?

Ce roman n’est pas un roman sur la destiné mais quatre romans d’initiations. Ce roman 4 3 2 1, ces romans pour être plus juste parlent de la destiné d’un même garçon. Quatre destins parallèles d’un même personnage ou peut-être est-ce un même destin de quatre garçons identiques. Paul Auster a imaginé l’histoire d’Archibald Ferguson de la naisssance au seuil de la vie adulte, Même parents, même lieu et année de naissance ( 1947 à Newark, New Jersey comme l’auteur). Mais une rencontre, un choix parentale diffèrent, une maladie change le destin de ce petit garçon.

En somme Paul Auster essaye d’analyser la part d’imprévu, à doser le probable, à quantifier l’éspéré de la vie.

D’après l’auteur, le projet initial du roman devait suivre ces personnages sur toute leur vie, projet titanesque! Rien ne fait peur à cet auteur mais il a trouver que la période la plus intéressante d’un être humain est celle de la naissance à l’âge de vingt ans. C’est une période où l’humain subit le plus de changements en un si court laps de temps. C’est aussi l’âge des possibles, de l’envisageable où le monde n’est qu’un vaste lieu en constante expansion.

Le bébé voit son monde réduit à son lit, les seins de sa mère et puis il marche et la maison devient un monde. L’école, les copains, les premiers émois amoureux tout est un monde qui s’agrandit jour après jour. Cela ne veut pas dire que passer l’âge de vingt ans, le monde cesse d’être exploitable ou qu’avec l’âge nous vient une connaissance parfaite de notre univers. Non ! Mais l’humain ralenti le rythme de ses transformations et de ses découvertes.

Sacré roman que voilà et l’on comprend mieux pourquoi il a fallu tout arrêter pour arriver à créer, a imaginer la part d’imprévu et les implications sur une vie.

Lisez ce roman et explorez les chemins des possibles.

Et si votre vie n’était pas celle que l’on croit..

Et si… Peut-être trouverez-vous la réponse dans ce roman des Contrevies

Immense coup de cœur hivernale pour le maître Paul Auster. Et si quelques-uns parmi vous, doutiez que j’ai lu tout ses romans. Je n’ai pas tout lu, j’en ai volontairement omis un…

Mais ne doutez pas de la fidélité à cet auteur fantastique !

Petit coup de cœur hivernale

Un petit coup de cœur, une petite extra systole littéraire pour ce roman que l’on présente comme la suite d’un livre qui a été primé Goncourt. Pierre Lemaitre vous le connaissez sûrement depuis que son livre Au revoir là-haut ( Prix Goncourt 2013) a été porté au grand écran avec paraît-il succès. En ce début d’année, il nous offre la suite de au revoir là-haut, avec Couleurs de l’incendie qui est le second volume de sa trilogie sur l’entre-deux-guerres.

Dans Au revoir là-haut, on finissait le roman sur la mort d’Edouard Pericourt, on se retrouve sept années plus tard dans Couleurs de l’incendie. Pierre Lemaitre nous conte une histoire dans la France des années 30, une France qui n’est pas encore remise de la grande guerre gagnée dans les tranchées.

Nous suivons les héritiers Pericourt, le petit fils Paul notamment héros de ce roman qui a sept ans saute du second étages de la résidence familiale, et sa mère se posera la question de ce geste, la discrète Madeleine fille de Marcel et sœur d’Edouard. Elle va devenir le personnage central du roman. Le premier volume était un roman basé sur les hommes, les femmes sont ici à l’honneur. Madeleine seule contre tous.

Un roman à lire, un style fluide et une plongée dans le Paris des années 30. Rien que pour cela mon cœur est gagné.. un coup de Maître ?

Bien vieillir, une question d’avenir!

Message Important

Dans son édition de ce soir Mediapart, le journal en ligne, édite une enquête de Mathilde Goanec sur une maison de retraite du groupe ORPEA qui est un poids lourd dans le secteur de l’EHPAD. La journaliste de Mediapart a enquêté dans un établissement du groupe à Neuilly où apparaissent de graves dysfonctionnements dénoncés par les familles et les soignants. Cette maison de retraite privé est très coûteuse. En effet une chambre peut être facturée de 10.000 € à 15.000 € tout compris, il y a le luxe, la maison présente très bien mais !

Dans un autre établissement du groupe une femme âgée serait morte sous les coups d’une autres résidentes!

Parfois, il est bon que les familles, les salariés dénoncent et écrivent aux différents médias surtout que joindre les médias est de plus en plus simple.

Je vous met le lien pour lire cet article édifiant sur un secteur victime des coupes budgétaires et des dérives d’un capitalisme sans aucune régulation.

Cliquez ici pour en savoir plus : Chez Orpea, la fin de vie se paye au prix fort.

Mise à jour : Le gouvernement va débloquer 50 millions d’euros supplémentaires pour les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) a annoncé la ministre des solidarités et de la santé, invitée de RTL jeudi 25 janvier.

En plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale, « nous ajoutons 50 millions d’euros qui vont être donnés aux agences régionales de santé pour qu’elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les Epahd qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens » a t-elle déclaré. (Source Journal Le Monde)

Petites histoires

Les soignants accompagnent dans les gestes du quotidien la personne âgée. L’aide à la toilette, à l’habillage, a la prise des repas, à l’hydratation. Ils dispensent les soins prescrits par les médecins et délivrent les traitements aux résidents.

Ils sont aussi responsables de la stimulation intellectuelle par le biais d’activité.

Ils sont responsables de l’intégrité physique et psychologique des personnes âgées.

Les maisons de retraites ou EPHAD étaient une belle idée, adapté au vieillissement et à la bonne prise en charge des patients.

Les cadres de santé, les infirmières et aides soignantes étaient fières de participer à cette prise en charge. On allait enfin s’occuper des personnes très âgées et des complications liées à leur grand âge ! Les moyens financiers et matériels étaient une promesse du président Chirac avant de devenir une Grande cause nationale.

Dans cette optique, les Ephad ont poussé comme des champignons. Tout était magnifique, les maisons seraient aidés par l’état, l’ARS subventionnerait les recrutements en personnel. Tout était réuni pour qu’un vieux finissent ces jours dans des conditions dignes!

Mais, car dans toutes les histoires il y a toujours ce Mais qui transforme le conte de fée en cauchemar…

Les beaux discours ne font pas forcément les actions.

Les postes promis, les budgets envisagés, tout s’est envolé. Le gouvernement à peut-être mal évaluer les problèmes liés au grand âge, et puis l’espérance de vie rallonge toutes les années.

En terme réel, pour être bien dans le contexte, un vieux vit plus longtemps, vieillit dans les structures, devient dépendant, voir très dépendant pour tout les actes de la vie courante. Il n’est plus rare de croiser dans des maisons de retraites des petits vieux frôlant voir dépassant la centaine d’années, ne parlant plus, recroquevillés dans un fauteuil dit confort ou coquille.

Donc la crise couve, le personnel doit jouer leur rôle et faire leur travail dans les meilleures conditions possibles.

Je sais chers lecteurs que vous êtes entrain de vous dire que tout ce que j’écris ou décris vous le savez ou le soupçonniez déjà. Mais entre l’envisager et le vivre au quotidien, il y a un fossé. Être confronté à des personnes fragiles, parfois malades, parfois violentes, démentes. Ce n’est pas simple à vivre et à simplement décrire.

Alors je vais mettre toutes les choses ressenties, partagées par de nombreux soignants et soignantes au cours de mes escales ponctuelles en EHPAD.

Dans ce texte je voudrais rendre hommage à mes collègues et à toues celles et ceux que je n’ai jamais croisé. Je suis très admiratif pour ces personnes qui y travaillent au quotidien. Pouvant supporter toutes ces tensions et ce métier qu’ils ont choisi par conviction et pour les valeurs qui le sous-tend.

On rationalise, on minute, on planifie mais rarement on écoute. Voilà le quotidien des soignants en EHPAD.

* Rationaliser

Il faut d’abord gérer l’effectif, les arrêts maladies sont nombreux en EHPAD. Les dos sont bloqués, les épaules, les poignets sont abîmés. Alors en embauchant à 7 heure du matin on attend de voir qui manque à l’appel. On croise les doigts et la journée l’effectif sera complet ou alors il manquera une, deux ou voir plus de salariés. Toujours rationnaliser, nous décidons de nous répartir les soins et le nombre de patients des personnels absents. Ce qui veut dire deux ou trois toilettes en plus. Bien évidemment nous oublions les plannings de douches, de kinésithérapie ou autres soins.

La direction veut que les Résidents soient propres et surtout soient présents en salle à manger pour les familles. Il en va de l’image de l’établissement.

Le porte monnaies parle plus en faveur de la présentation, du paraître que des problèmes. D’ailleurs selon les directeurs de nombreux établissements le discours pour les familles est qu’il n’y a aucun problème : la peur que les familles placent leur parent ailleurs.

Pendant que la direction sauve les apparences, les aide-soignante, les infirmiers et les ASH travaillent comme des forcats.

* Minuter

On doit savoir que les soins ont une durée et soins planifiés. Une toilette au lit est de 15 minutes. Un quart d’heure pour laver, changer, habiller et mettre dans un fauteuil une personne.

Une aide à la toilette, laver le dos, les jambes c’est 5 minutes.

Faire manger une personne dépendante c’est 10 minutes, pas plus.

Un change pour les personnes incontinentes et une mise à la sieste après le repas, c’est 5 minutes

Un lever de sieste 2 minutes

Et puis il faut les préparer pour la nuit. Certains établissements privilégient le coucher dit « précoce ». En langage clair, le résident est mis au lit entre 16 et 17 heure.

Dans d’autres, on se retrouve à 2 ou 3 soignants pour soixante personnes à coucher.

Voulez-vous ma pire expérience ? Nous nous sommes retrouvés à deux pour faire les coucher ! Le cadre prévenu de situation tendue, nous a laissé carte blanche : en gros faites pour le mieux.

Imaginez juste un moment coucher 20 personnes dans un temps défini. Il faut pour comprendre connaître les horaires de repas du soir et l’heure de la débauche comme l’on dit dans le métier. Les chariots repas sont livrés à 18 h 30 et les soignant débauche le plus souvent vers 20 h 30 ( ce ne sont pas des horaires exactes mais fonder sur les nombreuses missions ou vacations que j’ai faite.) Donc on se retrouve à faire manger une soixantaine de personne à 18 h 30/ 19 h le plus rapidement possible tout en sachant qu’il faut tous les coucher avant 20 h 30.

C’est une course contre la montre qui s’engage pour les faire manger le plus rapidement possible. Repas rapide, coucher rapide.

* Planifier

En EHPAD comme dans d’autres structures de soins tout est planifié, le temps pour une toilette, l’heure des repas, des couchers, le temps pour faire un lit, changer des draps.

Planifier, les soins, faire le tri entre les soins urgents. Surveiller les gens susceptibles de finir leur jour. Coordonnées les visites de médecin.

Pour nous aider a bien planifier, l’informatique est là. Programme de planification de soins, transmission sur support informatique, liste de patient pour les toilettes. Planifier les demandes de personnels quand les titulaires sont en maladie..

Planifier le chaos c’est notre occupation principale.

Il faut aussi gérer les différentes plaintes plus ou moins justifiées des familles. Gérer aussi les gens qui déambulent, qui deviennnent violents. Accorder du temps aux familles des résidents en fin de vie. Et faire la visite avec les différents médecins traitants. Parfois il y a un médecin référant mais il se peut que chaque résident ait son médecin personnel. Je vous laisse imaginer les soucis de coordinations, la perte de temps et la mise à jour des traitements pour 60 a 80 patients en moyenne.

Planifier, minuter, rationaliser. Est-ce vraiment notre travail à nous soignant. Sommes nous des gestionnaires, des spécialistes de relations publics, des assistants sociaux et aussi des salariés des ressources humaines?

La réponse est simple : non !

Et puis sommes nous des gens qui devons travailler à la chaîne, faire des pansements, des toilettes avec un chronomètre en poche. Nos chers dirigeants ont oublié que l’on travaillait avec des êtres humains, qui parfois ont besoin de parler, de rire ou d’être rassuré. Les patients ou résidents ont besoin avant toutes choses d’interactions de bases humaines.

Malaise

Les soignants ne se reconnaissent plus dans ce système, ils sont en perte de valeurs. Ils ne savent plus pourquoi ils travaillent. Ils avaient choisi ce métier comme moi avec le désir chevillé au corps, l’envie de se rendre utile, de prendre soins de l’autre. C’est encore plus vrai pour les personnels ayant choisi l’ephad pour travailler. D’année en année les conditions de travail se dégradent, les conditions de vie des résidents aussi, tout est lié. Quand le système broie le soignant, il broie aussi le résident. Résident qui lui n’a rien demandé si ce n’est finir ses jours tranquillement.

En EPHAD les problèmes des soignants sont nombreux quand on prend le temps de les écouter, les revendications sont nombreuses : le manque de personnel est la première des choses qui revient dans tous les discours. Les salaires qui sont devenus indécents. Les rythmes de travail, les jours de repos qui sautent pour remplacer les absences, les congés annuels repoussés, parfois des horaires de nuit viennent s’intercaler dans un cycle de travail de jour.

Me viens une question, interrompons notre liste revendicative un instant, voulez-vous ?

Une question, chers lecteurs qui êtes peut-être salariés :

  • Accepteriez-vous des contraintes de travail si énorme?
  • Accepteriez-vous que vos horaires, vos jours de repos soient changés du jour au lendemain?
  • Enfin, accepteriez-vous d’être payé au smic pour subir toutes ces contraintes?

Je pense sincèrement que la réponse serait NON!

Et peut-être que cet article vous ouvrira les yeux sur une profession en grande difficulté. Si vous avez une personne placée en EPHAD ou qui y travaille, vous penserez différemment.

Puis vient le manque de respect des résidents, cette impression d’être maltraitant sans le vouloir mais on le devient par manque de temps à consacrer à l’humain. Ces hommes et ces femmes font ce métier parce qu’ils aiment les gens! Ils placent les relations humaines au dessus de tout, le système fait qu’ils ne peuvent plus être dans ce rôle, celui qui soigne par les mots, qui réconforte par une simple main tenue.

Bien évidemment certains soignants tentent de se faire entendre, par des lettres, des grèves très peu médiatisées mais l’état, les collectivités et même les citoyens français restent sourds.

Ils restent à ces femmes et hommes courageux que leurs consciences professionnelles pour continuer le travail, pour continuer les soins et ne pas trop pénaliser les résidents. Pour continuer à les aider à bien vieillir

Il faut que l’on ouvre les yeux sur les moyens, les problèmes sociaux de ses établissements.

Nous sommes des personnes âgées en devenir, un jour ou l’autre nous serons à la place de ces petits vieux.

Le gouvernement a mis en place des pansements, charte de la bienveillance, conseils réunissant les familles et les intervenants, questionnaires de satisfaction. Mais on se moque toujours un peu du monde. Non?

On ne veut pas remédier radicalement aux nombreux problèmes que posent le vieillissement de la population française.

Tout les ministères sont concernés, la santé bien sûr mais aussi le budget, l’économie et l’emploi. C’est une question qui dépasse les clivages politiques traditionnels, les querelles de clocher.

Ouvrons les portes des EHPAD à un maximum de publics, médiatisons le sujet, informons dés l’école ce que vieillesse veut dire et par pitié arrêtons avec les clichés des années de sagesses, du nombre d’année qui se transforment en nombre de printemps, et j’en passe. En matière de communication, la vieillesse est un sujet délicat. Doit-on expliquer l’incontinence, les troubles cognitifs, la perte d’autonomie au public pour qu’il comprenne que la prise en charge en maison de retraite devient vite une priorité.

Expliquer aussi que les couches que l’on appelle pudiquement des protections sont chères, qu’un fauteuil confort est aussi coûteux.

Qu’une maison de retraite médicalisé a besoin de soignants réellement formés et bien rémunérés pour une bonne prise en charge. Elle a besoin aussi de matériels adéquats et en nombre suffisant.

Il faut absolument que nous nous posions la question de savoir ce que l’on veut pour nos vieux jours.

Que voulons-nous pour Notre Bien Vieillir ?

Le système actuel doit évoluer car dépasser par le nombre de personne âgée à prendre en charge et les pathologies qui y sont associées.

Le chantier est énorme et nécessite des moyens, du temps et surtout une réelle volonté d’agir . Bref du courage politique.

Nous attendons beaucoup de l’état, ce qui est normale au vu de notre imposition, mais que pouvons nous faire en tant que citoyen?

Simplement soutenir les différents mouvements de grève, écrire à son maire, au député. Alerter les autorités quand on a un parent qui réside dans un établissement où l’on constate des choses qui paraissent bizarre. On peut aussi relayer auprès de la direction des établissements les dysfonctionnements constatés. A petite échelle nous pouvons agir aussi.

Une petite info au passage

Une intersyndicale (FO, CGT, CFDT, UNSA, CFTC, CFE-CGC et SUD) a lancé un appel à la grève dans les Ehpad, le mardi 30 janvier, pour protester contre la « suppression massive de postes » due selon les organisations syndicales à une « une réforme de la tarification introduite par la loi vieillissement ». Ils demandent « l’augmentation des effectifs, gage de l’amélioration de la prise en charge des résidents ». (Source Journal Le Monde daté du 25 janvier.)

Allez soutenir dans les EHPAD de votre ville ou village ces protestations qui nous concernent ou qui vont nous concerner à plus ou moins brève échéance.

Le bien vieillir en France

Nous rêvons tous d’une retraite heureuse. Vieillir auprès de nos amis et de nos proches, voir grandir nos enfants et depuis que la science a fait des progrès prendre dans nos bras nos arrières petits-enfants.

On ne peut que se réjouir des progrès médicaux qui nous permettent de vivre plus vieux.

Ce n’est pas de la fiction, le grand âge, c’est à dire vivre au delà des 90 ans n’est pas un rêve. C’est notre réalité avec les conséquences physiques, psychologiques et sociales qui vont avec.

Notre société, nos enfants, petits-enfants ne sont pas armés pour affronter les affres de la vieillesse de nos parents.

Les Gériatres, les médecins spécialisés dans le grand âge et des pathologies liées ont inventé une maxim :

« Rajouter de la vie aux années et non des années à la vie. »

Quelle belle phrase, pleine de sagesse et pause avec justesse le problème.

Vivre de plus en plus vieux, reculer le moment de notre mort. D’accord ! Mais à quel prix et surtout dans quelles conditions!

C’est à notre génération de répondre à cette question et de fonder les bases du bien vieillir.

Beaucoup d’entre nous gardons à domicile nos parents le plus possible, informés par le corps médical des bienfaits du maintient à domicile. Cela impose des changements, des aménagements dans nos emplois du temps pour s’occuper d’eux.

Le temps passe mais les années dégradent de plus en plus l’état de nos parents. Parfois cela commence par des difficultés à ce mouvoir, des chutes à répétions, on remarque aussi que la mémoire immédiate ne fonctionne plus très bien. Il y a de plus en plus de petits oublis, un robinet d’eau pas fermé, un des clefs, de l’argent et malheureusement des papiers importants sont égarés. Petits signes de grand chamboulements. Mais nous choisissons de tenir coûte que coûte, après tout ce sont nos pères, nos mères qui se sont sacrifiés, qui nous ont élevés et éduqués. Alors nous devons les aider et c’est si notre rôle d’enfant de les aider, de prendre soin d’eux.

Nous n’avons qu’une mère et qu’un père.

Nous avons un sentiment de culpabilité, nous développons un déni sur les signes degerneratifs des fonctions cognitives. Parfois, dans les familles cela en devient tabou, on relativise avec des phrases comme « à son âge on a le droit d’oublier de fermer l’eau, de confondre les lieux ou les années. », « mamie yoyote un peu mais bon vu son âge. ».

On a peur, on relativise.

Les images des vieux dans des fauteuils roulant, ne parlant plus ou complètement démente, se faisant dessus, sentant l’urine ne sont pas celle que l’on a envie d’imaginer comme avenir pour nos parents aimés.

Eux qui ont été toujours si actifs, si pleins de vie.

Non, cet avenir triste n’est pas pour eux.

fermons les yeux.. c’est un mécanisme de défense humain.

Et qui voudrait d’un père ou d’une mère dans un état pareil.

Vient le jour où le maintient à domicile n’est plus possible, peut-être de la violence, une mise en danger, une fugue ou une trop grande sollicitation qui rendent impossible la vie des aidants comme on aime à les appeler. Le mot le plus juste serait peut-être les souffrants. Oui la famille est la première victime du vieillissement, ils souffrent et doivent faire le deuil de leurs parents, de ce qu’était leur parent et accepter ce qu’ils sont devenus en vieillissant.

Les solutions sont envisagées, les médecins de famille sont solliciter en temps que conseillers. Et puis les avis des spécialistes convergent tous vers un placement en institution. En maison de retraite, en EHPAD qui reste dans l’imaginaire des gens l’hospice, un mouroir.

Les familles recherchent le meilleur, mais se trouvent confronter à un dilemme, le coût financier, l’éloignement et puis suivant les régions le manque cruel de place.

Heureusement, la nature est bien faite mais dans les EHPAD les épidémies de grippes, de gastro-entérite et autres virus se chargent de faire de la place.

Mon dieu quel cynisme, quel manque de respect et d’empathie envers ces personnes âgées !

Et pourtant dans le monde de l’Ephad c’est une réalité. Une maison de retraite est gérée comme une entreprise où le résident ( la personne âgée ) est le bénéficiaire d’un service que l’établissement vend. Service qui comprend, les soins, l’hébergement et les prestations de lingerie. Le résident n’est plus ni moins qu’un client. C’est un client particulier puisque à moins d’un très fort mécontentement de la famille, il y restera jusqu’à la fin de sa vie.

Jusqu’à la fin de ses jours, on comprendra aisément les précautions, la mise en concurrence, les visites nombreuses des familles soucieuses et un peu honteuse de devoir abandonner son parent, de l’arracher à son milieu de vie. Alors on devient tatillons, on se renseigne, on regarde le ratio résident/ soignant. On s’aperçoit que finalement tout les structures ou presque se ressemblent.

Le choix est arrêté presque sûr que c’est le bon. Que notre cher parent sera le mieux pour finir ses jours en paix et bien pris en charge.

Dans les premiers temps, on fait beaucoup de visites, on se renseigne auprès de l’infirmière des aides-soignantes. On se rassure! Mais au fond, on essaye de noyer ce sentiment d’abandon, de culpabilité dans un fatras de demandes, réclamations plus ou moins fondées. Avec le temps les visites s’estompent, les appels téléphoniques à l’équipes soignantes se font rares. Au final, la famille fait confiance à l’équipe, une confiance relative…

Le vieux lui est perdu. Quand j’utilise ce mot que certains vont juger insultants ou méprisant, ce n’est pas dans le but d’être méprisant. Mais c’est une marque d’affection, dans le Nord de la France Le Vieux est une marque de respect et d’affection.

Donc, ce petit vieux est perdu. Dans une pièce qui est selon ces proches son nouveau domicile. Une pièce impersonnelle, sans odeurs hormis celle du désinfectant et de cet horrible parfum d’ambiance diffusé dans les couloirs. C’est une pièce où l’on a autorisé quelques meubles personnels mais une pièce que l’on a pas choisi.

Il y a aussi ces drôles de voisins, ceux qui déambulent et qui rentre chez vous sans yêtre inviter, ceux qui sont attachés dans un fauteuil roulant, d’autres qui sont tellement repliés sur eux-mêmes qu’il vous font penser à des enfants.

Il y a aussi ces odeurs d’urine que certains résidents tremballent comme un parfum très fort.

Au début, ces petits vieux s’enferment dans leur chambre, un refuge évitant de côtoyer les Autres et puis sur ordres des médecins et dans le but de sociabiliser le résident on l’oblige à manger avec ces Autres qui lui rappelle avec crainte la manière dont il va vieillir. A force de persévérance, l’équipe soignante amène le petit vieux à la salle à manger commune. Puis de gré ou de force il participe aux Animations censée conserver, entretenir et ralentir le vieillissement des neurones. L’enthousiasme des résidents est proportionnelle au nombre de neurones encore en fonction.

Avant quand il avait son chez lui le petit vieux faisait comme bon lui semblait. Il se réveillait, mangeait, se lavait quand bon lui semblait. Il prenait son temps, vivait à son rythme. Il avait ses petites habitudes, son journal préféré peut-être la visite d’une voisine ou d’un voisin, le facteur ou bien l’infirmière libérale qui venait lui tenir compagnie. Si le petit vieux vivait avec sa famille, les liens sociaux étaient présent. Dans tout les cas le temps et la solitude existaient un peu mais c’était supportable.

Dans cette nouvelle vie, le temps et la solitude sont devenues inévitables. L’adage veut que l’on choisit ses amis mais pas sa famille, en Ephad on ne choisit rien! On a l’impression que notre famille nous a abondonné ici dans cet endroit, on a aussi le sentiment que les gens qui vivent ici ont subit le même traumatisme. Pourquoi se faire des amis alors que l’on nous a placé ici pour y finir nos jours.

Une idée vient à certains, la fugue. Partir de cet endroit, s’enfuir pour rentrer chez-soi pour retrouver sa vie qui vous échappe.

Cette vie rythmée par un lever a 7 heure du matin, réveillé par un BONJOUR tonitruant et des lumières allumées sans que le résident l’ai choisit. Ce n’est juste qu’une ombre fugace qui ouvre la porte, allume, ouvre des volets et s’en va faire les mêmes gestes soixante fois de suites. La toilette, la personne âgée aime parfois traîner au lit et puis faire ses soins d’hygiène tranquillement. Ici, pas question! On accompagne vite fait dans une salle de bain froide, on nous lave le dos, on nous aide a nous habiller en moins de dix minutes. Les relations humaines sont minutées ici, et puis nous n’avons pas voix au chapitre. Il est 9 heure assis sur un fauteuil et notre ennemi le temps est là et pèse de tout son poids. Seule, parfumée et habillée assise devant la télé allumée sur une chaîne diffusant de la musique qui vise à abimer encore plus les pauvres tympans vieillissants.

Le vieux s’ennuie en attendant qu’un être humain veuille bien lui parler.

L’épreuve du repas, la salle à manger, les menus et la cuisine collective. La proximité des voisins de table, certains bavant, d’autres s’empiffrant affublés de ridicules bavoirs comme les enfants. La personne pinaille, grignote sans appétit et rapidement remonte dans sa chambre attendant le goûter puis le repas du soir. Et tout les jours de l’année, ce cercle se répétant perpétuellement.

Est-ce vraiment la fin de vie rêvée pour nos anciens.

Est-ce vraiment ça le Bien Vieillir ?

Ont-ils mérité une vie faite de règles arbitraires

Ont-ils le droit à une vie digne et libre?

Pourtant, les familles font attention à tout, visite de nombreux établissements, font un choix qui leur paraissent le meilleur. Au début il s’investissent dans la prise en charge de leur parent, amène du linge, veille à ce que les produits de toilettes soient en quantité suffisante, prennent à part les soignants pour savoir si le parent mange, s’il participe aux activités, vérifient la propreté des lieux.

De plus ils sont présents le plus possible.

Mais avec le temps les visites s’estompent, les appels téléphoniques aussi. Le linge s’abîme, Les stocks de produits de toilettes s’épuisent et puis viennent à manquer…

Pour cette personne âgée comme pour beaucoup, le temps s’est arrêté. Le cerveau a l’image des stocks qui s’épuisent fonctionne à minima.

Prisonnière du temps, des lieux, elle se réfugie dans un passé agréable et un beau jour y reste pour toujours.

La personne âgée s’éloigne peu à peu de la raison, s’enfonce dans la dépression et la seule fugue possible est la mort.

Nos anciens ont le droit d’être bien traité avec déférence, dignité et en respectant ses habitudes de vie.

Nos EHPAD sont-ils à ce point dépassé par les besoins fondamentaux humains. Ils ne sont pas à la hauteur de la mission qui leur est confiée.

Bien sûr les mots bienveillance, bien traitance, des conseils paritaires réunissant les soignants et les familles pour voir comment faire progresser les structures.

Mais il n’en reste pas moins qu’une unité de 60 personnes n’est pas à taille humaine, c’est plutôt une usine à vieux ou les soignants travaillent à la chaîne.

L’avenir d’une structure pour personnes âgées commencerait par en réduire la taille. Remettre les établissements à taille humaine.

Le futur de nos établissements passent par cette révolution, prendre soins des personnes âgées est un devoir, et un humain n’est pas une valeur économique.

Tout ces anciens ont travaillé, élevé des enfants et ont contribué à la croissance de ce pays.

La France serai grandie en mettant le bien Vieillir au centre de notre société .

Mon prochain article portera sur le vécu des soignants en EHPAD. Leur désir de voir leur métier enfin reconnu et apprécié à leur juste valeur.

L’hôpital n’est plus très hospitalier

Mise à jour : suite à la lecture d’un article du journal Le Monde .

Objectif de 70 % de patients en chirurgie ambulatoire d’ici cinq ans, c’est-à-dire 2022, la ministre de la santé l’a rappelé ce jour que c’était une priorité du gouvernement pour faire des économies.

Quelles sont les spécialités concernées?

  • La gynécologie
  • L’urologie
  • La stomatologie
  • La chirurgie vasculaire
  • La chirurgie digestive

Ces quatre disciplines sont visées directement par l’ambulatoire et j’ajouterai l’orthopédie depuis deux ans où l’on voit des patients rentrer le matin pour une prothèse de hanche ou de genoux et rentrer le soir chez eux.

Miracle des techniques médicales, meilleures prises en charges de la douleur et meilleures techniques d’anesthésie. Bref une vrais bonne chose.

Mais, car il y a toujours un mais, le verso de la médaille. Un mirage, un fantasme français qui dure depuis plus de 20 ans!

Encore le mirage de la réduction des coûts par l’ambulatoire qui dure depuis les années 90. Bien sûr, sur le papier la chose est bonne. Les patients demandent à rentrer chez eux le plus rapidement possible, l’hôpital fait des économies en coût d’hébergement( les patients restent une journée ) et celui du personnel de nuit qui est restreint puisque il y a moins de patient à surveiller.

Mais fait-on réellement des économies avec l’ambulatoire?

Les médecins sont pour, mais ils sont d’accord pour n’utiliser que des techniques les plus simples évitant ainsi que le patient revienne se faire ré-opérer suite à des complications. Ils insistent aussi sur le fait que l’ambulatoire doit s’accompagner d’un suivi et d’infrastructure pour le suivi à domicile évitant ainsi une nouvelle hospitalisation. Ils ont aussi la crainte que la chirurgie ambulatoire soit synonyme de désengagement des politiques et pouvoir public dans le système de santé français.

Mais pour cela il faut des moyens, des budget. Donc fini les belles promesses d’économie!

De plus du côté du personnel, les charges de travail sont plus lourdes. En effet les patients nécessitant le moins de soins et d’attention rentrent chez eux laissant la place pour les patients qui restent hospitalisés qui sont les plus «lourds» en terme de soins et surveillance mettant à mal le fameux «une infirmière pour douze patients» en vigueur dans les services actuellement. Situation intenable que la marche forcée vers l’ambulatoire a causé de telles tensions que l’hôpital de Nantes a dû embaucher des aides-soignantes pour désamorcer la crise. Certains services ont dû se réorganiser, emplois du temps, rythme de travail et conscience de sa profession qui sont bousculés. Le nombre d’opérations sont en augmentations, les services de bloc, de salle de réveil et de stérilisation sont très sollicités, à la limite de la crise, du désengagement. Ces personnels n’ont plus la perception de leur travail, le terme «usine» est le plus utilisé pour qualifier l’hôpital.

Que dire des services d’ambulances qui sont deux fois plus utilisées, l’assurance maladie obligeant les médecins à solliciter un transport couché pour un patient opéré pour certaines pathologies. Incroyable gâchis financier. Le nombre de nouvelles hospitalisations suite à une intervention subit en ambulatoire est en augmentation souvent dû à une mauvaise prise en charge de la douleur ou du contexte social.

Les médecins sont pour, les patients sont pour, mais les pouvoirs publics sont dépassés par des questions qu’ils n’avaient pas imaginé notamment le fait qu’une intervention en ambulatoire est toujours moins payé qu’une chirurgie d’un patient hébergé à l’hôpital.

Oui l’économie promise à marche forcée vers l’ambulatoire est un leurre. Une espèce de fantasme que les grands argentiers de l’hôpital et de la santé ont voulu vivre. Le désastre est amorcé.

L’ambulatoire sera aussi la tombe de l’hôpital comme l’idée d’un refuge. L’hôtel-Dieu est abandonné de nos divinités remplacées par celles de la rentabilité !

A l’origine l’hôpital était un lieu particulier, une anomalie dans un temps où les pauvres n’étaient rien.

Au Moyen Age, les hôpitaux français étaient intimement liés à la religion chrétienne puisqu’ils étaient fondés par l’Eglise catholique et administrés par les membres du clergé. L’hôpital n’est pas encore un établissement de soin tel qu’on le connaît actuellement mais un établissement d’assistance, une œuvre de charité.

Les rois, les reines, les puissants bourgeois avaient droit aux médecins, aux soins prodigués par des «soignants». Médecine très empirique et basée sur la saignée et d’obscures croyances.

Mais les médecins ne s’attachaient pas à soigner les pauvres.

Par exemple, Certains grands seigneurs comme le fameux et richissime chancelier de Philippe Le Bon, qui en 1443 fonde les fameux hospices de Beaune.

« Moi, Nicolas Rolin, chevalier, citoyen d’Autun, seigneur d’Authume et chancelier de Bourgogne, en ce jour de dimanche, le 4 du mois d’août, en l’an de Seigneur 1443 … dans l’intérêt de mon salut, désireux d’échanger contre des biens célestes, les biens temporels … je fonde, et dote irrévocablement en la ville de Beaune, un hôpital pour les pauvres malades, avec une chapelle, en l’honneur de Dieu et de sa glorieuse mère … »

Le 1er janvier 1452, les hospices de Beaune ou Hôtel-Dieu sont ouvert «ce palais aux pôvres malades», pauvres, indigents, vieillards. En 1459 Nicolas Rolin obtient la création de l’ordre des Soeurs Hospitalières de Beaune dont la règle associe vie monastique et soins aux pauvres et aux malades.

Donc ce Nicolas Rolin en 1443, lance ce qui sera notre fondement de l’hôpital. Nous sommes au moyen âge après la guerre de cent ans et un homme a l’idée dans ces temps obscurs d’ouvrir un lieu pour accueillir les malades, les mourants.

Et dire que l’on a une image si négative du Moyen âge. Cette époque historique, peuplée de gens qui sont des fanatiques religieux et ne rêvent que de faire griller les gens qui sont d’une autre obédience ou croyance qu’eux. Donc en ces temps d’obscurantisme religieux et d’étouffement de la pensée et de la science recèlent des trésors.

Lecteurs lisez par pitié les traités de Umberto Eco et vous changerez de point de vu sur cette époque. Bref, un homme du moyen âge ouvre un établissement pour soigner gratuitement les laisser pour compte.

Soins aux pauvres et indigents GRATUITEMENT, sous couvert de religion bien évidemment.

Durant des siècles, l’hôpital était un refuge pour les pauvres qui ne pouvaient se payer des soins. Les indigents y trouvaient soins, secours et a manger et du réconfort auprès de religieuses. L’hôpital était une véritable vocation comme l’est la religion.

L’hôpital était hospitalier. Pendant des centaines d’années, les médecins, les sœurs ou les prêtres œuvraient bien souvent avec peu de moyens et l’hôpital existait grâce à la générosité de riches seigneurs, nobles ou bourgeois.

Le système fonctionnait, l’hôpital évoluait en véritable centre de soins, recherche médicale, formation des médecins et des infirmières. Peu à peu au travers des siècles les religieux ont disparu des couloirs des hôpitaux, pour laisser place aux médecins. Et puis les cols blancs ont remplacé les blouses blanches dans les sphères du monde décisionnaires.

Aujourd’hui cette idée géniale d’humanité et battu en brèche. On attend plus que son enterrement. D’année en année, de plan économique et drastique on tue l’idée brillante, peut-être la seule qu’il nous restait venu d’obscure homme du Moyen-âge.

Peut-être que l’obscurantisme n’est pas là, sur la frise chronologique, où on la situait. On commence sûrement à y entrer, l’obscurantisme de l’argent qui recouvre d’un voile opaque toute l’humanité qu’il nous restait.

En tant que soignant, nous avons des valeurs, une éthique que l’on apprend pendant notre formation et qui est notre socle commun professionnel. Médecins, infirmiers, aide-soignant et autres intervenants dans le monde hospitalier nous sommes aux services des patients quels qu’ils soient.

Ces valeurs professionnelles, j’y suis, comme nombre de mes collègues profondément attachés. Mais aujourd’hui, je ne retrouve plus ces valeurs, je n’arrive plus à les mettre en pratique. Le système y est pour quelque chose.

Plan hôpital, rationalisation des soins, de la durée de séjour, facturation à l’acte ou T2A, traçabilité patient, matériel et autres

Plan d’économie, plan de secours. L’hôpital est malade. Malade de sa gestion d’entreprise non adaptée à sa mission de service public.

Pourrait-on différencier l’hôpital d’une clinique, l’hôpital d’une entreprise?

Gérer la santé comme un bien de consommation est intolérable pour les soignants et est d’une incroyable imbécilité. Comment peut-on réellement dire suivant des statistiques qu’une prothèse de hanche c’est 2 jours d’hospitalisation en service de chirurgie ou une Néphrectomie ( ablation d’un rein) c’est 4/5 jours d’hospitalisation.

Si l’on suit cette logique, nous sommes tous des humains fait dans un même moule. Et nous répondons aux traitements de la même manière. Nous récupérons d’une opération suivant les critères de durée de l’assurance maladie. Nous gérons et ressentons la douleur de la même manière, parce que les statistiques l’ont dit.

Ne parlons pas des patients et de leur environnement social. Bien souvent, la patientelle de l’hôpital public est pauvre, précaire socialement. Bien souvent, les soignants se retrouvent avec des patients qui sont atteints de pathologies lourdes qui méritent un suivi à domicile, parfois il faut un domicile pour mettre en place les soins. Parfois il faut de la famille pour surveiller le patient, l’accompagner et l’aider. La population qui vient se faire soigner est dans la misère sociale et affective ce qui complique bien souvent la sortie. Combien de fois mes collègues et moi-même avons-nous dû nous battre contre le médecin pour différer la sortie d’un patient parce qu’il retournerai dans la rue après son opération car il était sans domicile fixe. Trouver une place pour une maison de convalescence à quelqu’un qui ne possède pas de mutuelle mais à droit à la CMU. Autant de situations complexes, le soignant se transforme à l’hôpital tour à tour en assistante sociale, psychologue, secrétaire pour prise de RDV radio ou IRM, et accessoirement nous faisons notre métier qui est je le rappelle de dispenser des soins et traitements.

Le système de soins broie le patient.

Parlons de la manière dont on gère les soignants, le fameux Service Ressources Humaines. Les personnels hospitaliers ne sont pas soumis au code du travail mais au code de la fonction hospitalière, en gros les fonctionnaires hospitaliers sont corvéables à merci. Les RTT qui sautent, les nuits qui succèdent au jours et inversement suivant les besoins en personnel, n’oublions pas les changements de services et les changements de plannings de dernières minutes. N’oublions pas la notation du cadre, cette nouvelle tyrannie pour calmer la grogne. En effet, une mauvaise note et c’est le salaire qui ne progresse pas, la carrière qui est bloquée. Le cadre dans le milieu hospitalier a un énorme pouvoir, les RTT, les repos, les contre postes, les congés annuels et puis les petites mesquineries du genre, la commande de pharmacie qui est faite toujours par la même personne, etc.. Ce qui est le plus dur à vivre c’est le manque d’humanité dans les ressources humaines. Nous ne sommes qu’un numéro de matricule, sans aucun remerciement quand on remplace au pied levé une collègue ou quand on travaille en sous effectif. Jamais un merci, jamais une marque de reconnaissance. Pas besoin que cela prenne une forme pécuniaire, juste un petit mot glissé dans l’enveloppe de notre fiche de paie.

Nous ne sommes pas les plus mal lotis en France. Il est vrai que nous avons un métier, un salaire et du travail. Mais notre salaire contrairement au privé n’a pas évolué, le point est gelé depuis de nombreuses années.

Le système broie les soignants.

La clinique fonctionne comme une entreprise, rentabilité, taux d’occupation, temps opératoire, location de salles d’opération, beaucoup de sous-traitance. Réduire le personnel en fonction de l’activité. C’est une usine à fric, les chirurgiens, médecins sont du privés et surtout trient leur patients en fonction de leur état de santé général, de l’argent qu’ils possèdent. Ce qui est beaucoup plus simple pour les suites opératoires, le placement en convalescence… Les statistiques de la sécurité sociale sont remplis, on opère beaucoup en ambulatoire, protheses de genoux ou hanche, même certaines nephrectomies partielles sont faites en ambulatoires. Les services de chirurgie sont devenus des services ambulatoires. Les patients sont des actes, des K.

les soignants eux subissent, la baisse de salaire, les problèmes de personnels, les sous effectifs voulus pour plus de rentabilité. Les cadences opératoires infernales, les caprices des médecins et leurs tons méprisants. Une clinique n’est pas dans la philosophie de l’hôpital, mais c’est peut-être l’idéal des cols blancs qui ont pris le contrôle des centres hospitaliers.

Le système broie les patients, les soignants mais dans quels buts?

Je ne comprends pas le but de ce gigantesque chantier de destruction. La médecine a fait d’énorme progrès, les techniques opératoires ont permis à une opération lourde d’avoir des suites plus simples. La recherche a fait un pas de géant raccourcissant la durée de surveillance post-chirurgicale. Et puis il y a encore beaucoup à attendre et à accomplir. Mais le progrès scientifique pour qu’il ne pousse personne à la porte.

Oui notre progrès médical va plus vite que nos progrès sociaux. On soigne vite des gens qui n’ont toujours pas de lieu pour dormir au XXIe siècle. On opère et remet des gens sur pieds dont la vie est plus bancale et précaire qu’une prothèse de hanche luxée.

La recherche va si vite que nous les soignants, n’avons plus le temps de parler à nos patients, de leur prendre la main ou d’avoir le temps de composer un numéro de téléphone pour eux. Notre temps est prit par remplir des tonnes de papiers, à répondre à des dizaines de coups de téléphone et à courir après les médecins pour avoir des prescriptions correctes.

Notre questionnaire d’entrée et d’admission comporte bien une case adresse, personne à prévenir et retour à domicile ou en SSR. Mais le système n’a pas trop tenu compte de ce recueil de données ou n’a pas voulu.

Finalement, je suis sûr que le but au final serai le bien-être du patient mais pas le patient réel, un patient riche, éduqué et ayant une hygiène de vie parfaite. Le patient parfait ! Est-ce le cas dans tout les établissements de soins? Avons-nous vraiment croisé ce patient parfait dans nos services?

Aujourd’hui nous avons un nouveau défi, mettre la science médicale au service de tous les patients!

La santé est un bien commun, elle appartient à tout le monde. Être en santé, avoir la possibilité de se soigner afin de la conserver devrait être un combat, une priorité de nos gouvernants.

La science au service du patient. Et pas l’inverse.

Retrouvons notre sens professionnel et notre cœur de métier. Retrouvons le vrai sens de l’hôpital arrêtons de prendre la santé comme un bien de consommation.

L’hôpital était une grande idée à l’origine, un lieu de repos, de soins et de secours pour les plus démunis d’entre nous. L’hôpital représente un anachronisme dans notre société épris d’individualisme, d’argent et d’écran interactif.

Préservons le !

Et préservons les hommes et les femmes qui ont choisi de travailler dans ce lieu hors du temps, qui consacrent leur temps aux autres, à prendre soin de l’autre sans distinction, sans jugement. Un lieu de tolérance, de paix et de repos. Un lieu si rare à notre époque qui en fait une institution si précieuse.

Préservons ces soignants qui de jour comme de nuit prennent soins des autres .. Et surtout respectons les, eux et l’institution qui les emploie…

Migrant d’espoir, migrant d’avenir

Moi, F. Je suis une interne en médecine. J’ai bossé, j’ai fait des concessions. Mais me faire sortir de salle d’op. a cause de mon accent. C’est intolérable ! Qui il est ce chirurgien pour me juger sur mon accent et pas sur mon travail. J’ai un accent ! Il est guinéen ! Je suis africaine et fière de l’être. Mon cœur, mon âme est attaché à mon pays! Mais j’ai beaucoup de gratitude pour le pays qui m’a accueilli et sorti de la misère et de ma famille.

Ainsi F. Sortie de salle d’opération en pleurant et déboule dans la salle de repos. Colère, tristesse, sentiments d’injustice étaient dans ses larmes. Son accent accentué par la colère. Oui, cet accent africain qui fait chanter notre langue française en accentuant certains mots et en faisant danser les «R». Et ils dansaient ce jours là, cette consonne exécutait une danse de guerrière. Elle s’assoit à côté de nous, l’équipe d’infirmier de bloc opératoire. Nous parlions des fêtes, des cadeaux reçus, des réveillons, des repas en famille et puis on buvait du café. Nous n’osions pas lui demander ce qui se passait, habitué aux sautes d’humeur des internes. Étudiants ou larbins, cela dépend des humeurs du patron! ou larbins, cela dépend des humeurs du patron!

Au bout de dix minutes de pause, les salles prêtes pour accueillir les nouveaux patients nous retrouvions nos petites préoccupations : Check list d’anesthésie, Check list du matériel, le train-train habituel. Sauf qu’il y a parfois des gens qui descendent au bloc opératoire en mode vacances :

  • Vous êtes bien à jeun ?
  • Oui
  • Ni bu, ni manger, ni fumer?
  • Oui oui, enfin en attendant l’opération je suis descendu fumer un joint ..

On le remonte en chambre sur ordre express de l’anesthésiste qui le récuse. Donc je me retrouve sans patient avec ma salle d’opération opérationnelle. Je fais un tour en salle de pause en attendant le patient suivant et je me «fais un autre cafe».

F. Était toujours en pause, la tête plongé dans un dossier. Les larmes avaient disparu mais la tension était encore palpable. Étant seul tout les deux, nous papotons de son boulot, de son projet de spécialité. Et puis je lui pose une question, bête. De quel pays d’Afrique est-elle originaire?

Je n’attendais qu’un simple nom de pays, juste une région. Mais elle m’a livré une véritable histoire de vie, forte, violente et belle.

Au début de son histoire, les yeux étaient plongés dans les miens. Et au fil de la discussion le regard devint lointain, perdu au loin dans ses souvenirs.

L’histoire d’une jeune fille qui a un moment de sa vie a dû choisir entre avenir et un enterrement.

Jeune fille pubère dans un village de Guinée, elle était première de sa classe et rêvait d’études de médecine pour aider les gens de son pays. Mais on ne choisi pas son avenir quand on vit dans un village éloigné de Conakry et que l’on est une jeune fille de treize ans pubère. Non! On se doit d’être prête à se marier avec l’homme que la famille a choisi pour toi! On serre fort les poings quand les règles arrivent, quand cette tâche de sang apparaît sur ta culotte, on a peur, les femmes du village commencent à te parler des hommes et de leurs envies à satisfaire.. treize ans et fini de rêver, place au cauchemars du viol légalisé par le mariage.

Son père, un homme né dans ce village mais qui a été faire des études à la capitale. Cultivé, éduqué et surtout sensibilisé à la liberté des femmes à choisir leurs amours. Il en a beaucoup profité pendant ces années de facs. Après son mariage, il a décidé pour le bien-être de son enfant à naître de retourner dans son village et ainsi de se rapprocher de sa famille. Sans être né, ce bébé avait déjà un destin. Sans en avoir conscience, les parents de cette petite fille l’avait condamné.

Naissance d’une petite fille qui portera le prénom de sa grand-mère, bébé choyé, aimé de ses parents et de sa famille. Petite fille modèle, élève de primaire modèle, et puis la malédiction d’Eve la rattrape. Le père s’éleva contre la famille, mais un oncle avait trouvé un homme qui avait suivi de près l’évolution physique de F. Et avait proposé une dote conséquente pour avoir le privilège d’être le mari et aussi avoir l’honneur de déflorer la jeune fille. Le père toujours aussi vent debout contre le mariage de sa petite fille, il s’est mis a dos la famille puis le village. Il résiste un an aux avances du futur marié, aux pressions de la famille et des amis du village. Un an de gagner, mais un an pour mettre de l’argent de côté pour prendre un billet d’avion pour sa fille. Un billet aller sans retour pour éviter un viol, un «mariage forcé», un billet promesse de liberté et d’avenir.

Conakry, Paris. Trente degrés et dix degrés a l’arrivée. Un visa de touriste, un nouvel univers, que des blancs partout qui vous regardent et vous dévisage avec votre teeshirt et le jean des années 80. Les accents sont différents aussi, la langue est froide. Les odeurs ou plutôt leur absence, ces gens en pulls et blouson. Et puis la découverte de la personne qui est en charge de vous élever. Une tante, la sœur de ta maman que tu n’as jamais vu, jamais entendu parler. Elle est parfumée, ces cheveux sont lisses et son accent est différent moins chantant. Elle est aussi moins chaleureuse que les gens de Guinée.. Mais, il faut lui laisser le temps de te connaître, de savoir qui tu es. De choc en choc, le climat, les villes, les tours, les oiseaux qui ne chantent plus, le soleil quia disparu et les marchés qui n’ont pas d’odeurs.

L’école enfin le collège est pour ce qu’elle en connaît un lieu dangereux pour les filles comme elle, qui ne comprend pas les codes des adolescents de son âge, leur langage, leurs habitudes. Même les noirs de France sont différents de ceux de Guinée. Un peu paumée, elle essayent de faire sa place et de trouver du temps dans ses journées très chargées.

La France cette terre d’accueil qui se transforme pour F. En terre d’un nouvel esclavage. En effet, la tante si accueillante la descolarise très rapidement et l’utilise comme «bonne a tout faire», isolé, sans papier, F. est prisonnière. Bien sûr le collège appelle souvent et envoi des courriers, mais la tante produit toujours une excuse sous forme de certificat médical. Sous contrainte, elle est quand même obligé de mettre l’adolescente en cours. C’est sa cour de promenade, comme en prison, un temps de promenade pour prendre l’air. Mais c’est aussi un lieu où F. s’ouvre et raconte son quotidien à un professeur ami qui se démenait pour qu’elle vienne en cours plus souvent devinant en elle une étudiante brillante. F. lui raconte sa vie quotidienne, les privations, les punitions et son extrême isolement affectif.

Oui, petit aparté pour que les choses soient claires! Sa tante était fâchée avec la famille. Son père avait dû quitter son village natal chassé par ses frères pour son acte de «trahison». F. n’avait personne à qui parler.

Reprenons un peu le fil du récit, le professeur après différents entretiens avec cette jeune fille, signale au service de la protection de l’enfance. Les services sociaux débarquent chez la tante, constatent les abus et les mauvais traitements de la tante et de son entourage, placent la petite adolescente dans une famille d’accueil. L’issue de secours, de son secours.

F. A le droit de revenir à l’école, sa demande de papiers est accepté car elle vivait dans la peur d’être extradée ou dans notre langage bien propre, raccompagné à la frontière. Dans un avion, avec les menottes entre deux flics.. un raccompagnement humain, digne d’un pays des droits de l’homme et censée donner l’exemple au monde..

Elle travaille beaucoup, elle étudie et apprend rapidement. Privée d’enseignement, aujourd’hui elle le dévore. Persuadée que c’est la clé de sa liberté. Le bac scientifique avec mention, mais personne hormis sa famille d’accueil pour la féliciter. La réussite est amère, le goût de la liberté est douçâtre comme un vin gâté. Son père, sa mère lui manque. Elle réussi médecine, elle la petite guinéenne sans papiers condamné à laver des toilettes par sa tante ou à vivre dans son pays mariée avec un homme qu’elle n’a pas choisi et d’élever une multitude d’enfants plus ou moins désirés.

Souvent dans son studio, elle regarde les quelques photographies de sa famille, cela lui redonne de la force, de l’espoir. Elle est si forte qu’elle est capable de vivre et de supporter les remarques racistes continues. Nos médecins si imbus de leur personne sont très racistes, misogynes et aiment le pouvoir. Alors une femme noire, une étudiante brillante, qui fait médecine et réussi. C’est tout simplement dur à avaler.

Mais si elle arrive à supporter tout ce parcours de vie, pourquoi aujourd’hui ses larmes ?

Les fêtes de Noël et de fin d’année lui ont rappelé le manque de sa famille, de son pays.

Les larmes étaient une accumulation de toutes ces rancœurs, tristesses et petits abus de pouvoir.

La claque, la colère au fur et à mesure de son récit.

Une interne en chirurgie m’avait tout simplement livré sa vie sans fard, brut.

Oui, elle était une sans papiers, obligée de quitter son pays pour avoir un avenir. Elle n’a pas trouvé de mari. Elle vit modestement car elle envoi quand même de l’argent au pays pour le bien être de ses proches.

Oui elle est une migrante, elle a fuit son pays, est arrivée en France sans papier. Un simple visa de touriste.

Oui, on pourrai la traiter comme on traite nos migrants qui s’échouent ou meurent sur nos côtes. La vrai humanité est d’écouter avant de juger. On met l’étiquette de migrant sur ces gens pour éviter de voir en eux un être humain en détresse.

Je la remercie de m’avoir confier cette tranche de vie,

Voilà cette simple histoire, d’une jeune fille qui a fuit son pays pour vivre normalement .. une migrante..

Alors SVP, si vous entendez parler de migrants ou d’immigrés !

Ne jugez pas ! Écoutez les, essayez de ne pas les exclure.

Photo publiée avec son accord et l’histoire de sa vie aussi..

Merci à elle ..

Migrant d’un soir

Ce soir nous sommes tous des migrants !

Nous allons nous dépouiller de notre année, jeter à la poubelle les mauvais choix, les bonnes résolutions non respectées et faire amende honorable.

Ce soir nous allons dire au revoir à cette année.

Devons-nous oublier pour autant ce qui l’a marqué?

2017, une année marquée par la guerre en Syrie, en Irak et au Yémen :

* Le Yémen, une guerre civile qui fait rage et pourtant oubliée..

* La Syrie où rien n’a changé, les bombes pleuvent toujours sur des femmes et des enfants

* L’Irak où les bombes humaines déchiquettent, mutilent des corps sans distinction de religion, de couleur ou d’orientation sexuelle.. A croire que les semeurs de mort sont plus tolérants quand il s’agit d’expédier des âmes au néant.

Cette année on a beaucoup revendiqué, dénoncé et très peu dans la rue, l’indignation se fait tranquillement installer dans son salon devant un écran d’ordinateur, de tablette ou de smartphone.

On dénonce, on crée des hashtags et on compte les likes, les retweets, nos nouveaux marqueurs de suivis et de sympathisants à la cause! Fini les marches dans la rue, les étudiants, les associations battants le pavé en scandant des slogans sous des banderoles faites de brics et de brocs.

Nouvelles méthodes de revendications peut-être marqueurs d’un manque réel d’engagement.

Un clic est moins fatiguant que de marcher pour une cause pendant des heures .. plus faciles aussi à organiser. Et puis soutenir une cause par le biais d’un hashtag est une garantie d’anonymat, défendre les LGBT, les femmes ou d’autres causes et pour certains lourd de conséquences socialement. Assumer certains positionnements politiques dans un contexte social, géographique ou culturel peut être très compliqué.

Le courage n’est pas donné à tout le monde!

Tout le monde ne peut supporter la pression.

Mouvement de dénonciation de harcèlement sexuel initié sur les réseaux sociaux le fameux #MeToo ou #balancetonporc (à l’initiative d’une journaliste française) sur fond d’affaire Harvey Weinstein, producteur américain accusé par une centaine de femmes de conduites sexuelles inappropriées.

Mouvements de réaction sur certains sites ou des hommes se félicitent de leur acte sexiste en argumentant sur une prétendue dérive féministe extrémiste, le fameux mot valise « feminazie ».

Notre culture, notre mode de pensée est chamboulée et toutes ces revendications nous questionnent.

Mais il est important de ne pas mettre les comportements de certains comme une matrice régissant le comportement de tous.

Nos comportements, nos blagues, l’humour sont passés au bain révélateur de bien des comportements, mais il faut être prudent comme nous le rappelle Sandra Muller, journaliste dans une tribune publiée dans le journal Le Monde daté du 30 décembre 2017:

« Pourtant, il est impératif que les hommes ne soient pas à leur tour victime d’une guerre des sexes ou jetés en pâture à la vindicte populaire et lapidaire sans éléments probants. D’autant que les comportements inappropriés concernent tout le monde : hommes, femmes, gays, lesbiennes, transgenres. Nous devons grandir et nous élever les uns avec les autres. Pas nous diviser. Le magazine américain Time vient d’attribuer le titre de « Personne de l’année » aux « briseurs de silence », nous toutes et tous dans notre diversité, de toutes religions et couleurs, militante féministe comme Tarana Burke, femmes de ménage, actrices hollywoodiennes et même des hommes. Cette formidable reconnaissance marque le début d’une nouvelle ère : celle de la parole libérée et de l’écoute. Il s’agit d’en faire bon usage et de ne pas balancer pour balancer  »

Il n’y a que le racisme qui en France est toujours un sujet tabou, un homme se grime en homme noir et prend la couleur de sa peau. Un footballeur qui pour rire prend la couleur d’un autre homme et par méconnaissance et manque d’éducation oublie ce que signifie ce déguisement pour tout les noirs. Mais ce n’est pas que le footballeur qui n’est pas conscient de cet acte profondément raciste, les réactions sur les réseaux sociaux, dans les rues ou à la télévision ne sont pas tous aussi tranchant. On tourne autour du pot, on choisit les mots. On noie le poisson mais on laisse le poison du racisme bien en place.

Encore un problème d’éducation comme pour le harcèlement sexuel, le racisme est mal compris? Nous sommes tolérants ou laxistes sur des sujets qui ne devraient souffrir aucune complaisance.!

Comment expliquer que la France a un si gros problème avec la diversité de sa population?

Le français a un problème avec le racisme, ne le reconnaît pas, ferme les yeux mais ce n’est plus une cause fédératrice. Cela me choque qu’a l’aube d’une nouvelle année, le problème ne soit toujours pas réglé !

Je suis de la génération des manifestations de « touche pas à mon potes », des combats contre les idées moisies du FN. Cette jeunesse qui était bouleversé par la mort horrible d’un marocain balancé dans la Seine par des militants FN, l’assassinat d’un homme jeté par la porte d’un train lancé à pleine vitesse parce qu’il était maghrébin!

Nous marchions, nous scandions notre haine de ces crimes odieux. Oui, un dimanche, un samedi peu importait à l’époque du jour de l’heure, l’essentiel était d’être là, ensemble, uni.

Nous sommes encore quelques-uns à combattre mais nos rangs ont été décimé par la vie, par les expériences et nos échecs. Combien d’amis avec lesquels j’ai manifesté m’avouaient que maintenant il ne comprenait pas pourquoi on devait accueillir des migrants, pourquoi « les arabes » avaient plus de droits que les français ( enfin les blancs), ils ont le sentiment de n’être plus chez eux! Pensée, idéaux abandonnés !

Que sommes-nous devenus ?

Nous avons oublié que nous étions égaux, que les hommes ont le même sang qui coule dans leurs veines.

Finalement tout ces combats, ces revendications légitimes seraient réglées juste par l’éducation. L’école qui expliquerait qu’un homme n’est pas supérieur a une femme, que les petits garçons et les petites filles ont le droit de jouer avec les mêmes jeux! Qu’il n’y a pas de jeu de filles ni de jeu spécifiquement masculins. Un garçon peut jouer à la poupée, les filles avec des camions de pompiers. L’essentiel dans le jeu est de permettre à l’enfant de s’amuser et n’est pas une caractéristique sexuelle!

Le racisme commence par une réflexion, un stéréotype idiot :

1. Les noirs courent plus vite que les blancs ou ils sautent plus haut, les blancs sont plus raffinés : as t-on vu un noirs chanteurs d’opéra ou présentateurs vedettes d’une émission de grandes écoutes ! Non!

2. Les italiens sont tous des mafieux ( certes ils sont européens, mais au début du XXe siècle, ils étaient la cible de la haine des français. Tout comme les portugais, qui comme nous le savons tous, ne sont bons que pour monter des murs et être des concierges à la pilosité débordantes.)

3. Les romes sont des voleurs et des coupeurs de gorge

4. Les noirs ont un sexe plus gros que la normale

5. Les arabes sont tous misogynes

6. Les arabes sont tous d’accord avec la charia

7. Les chinois sont travailleurs

8. Les asiatiques sont difficiles à distinguer les uns des autres

Et je pourrais continuer longtemps, tant les stéréotypes sont nombreux.

Je parle de racisme mais je n’en oublie pas pour autant le racisme de classe!

Oui, celui qui consiste à démontrer que les plus précaires, les plus pauvres de nos concitoyens sont des tricheurs, responsables de la dette et donc de l’effondrement de notre système de santé et et de protection sociale. Oui le pauvre, celui qui pu et qui nous empêche de pouvoir tranquillement déambuler sur les trottoirs de nos villes bien propres. Ce pauvre qui se vautre par terre et qui importune les gens en leur demandant des cents pour boire ! Forcément ! Le pauvre, on le cache, on l’empêche de stagner trop longtemps à des endroits trop passant. On enlève les bancs, on barre les bouches de métro. On ne sait jamais que le pauvre se repose ou se réchauffe. Et puis le pauvre n’est pas productif, notre société a besoin de gens productifs, éduqués et bien habillés.

Parfois le pauvre rêve de vivre décemment, il a envie de s’amuser, d’avoir une belle paire de chaussures ou une belle robe pour sa fille aimée qui se fait chahuter à l’école parce qu’elle est mal habillée. Forcément, avec un mois qui commence le 5 du mois pour se finir le 15, les habits de la fillette viennent de la boutique solidaire, Emmaeus ou une friperie. Assis au volant de sa Clio de 2000, on peut rêver parfois de lamborghini. On peut rêver que sa fille ait une meilleure vie, un avenir.. Mais cette petite fille aura beaucoup de mal à avoir cet avenir radieux quand on mange pas à sa faim, que l’on s’occupe de ses petits frères pendant que les parents triment pour un smic à 2 heures de trajet en transport en commun.

En y pensant, je suis encore plus amère devant tous ces gens qui ferment les yeux et se métamorphosent en super héros sur Twitter ou Facebook ! Prenez 2 heures de votre temps dans la semaine et allez aider, donner un coup de mains dans une association, ou bien même peut-être qu’à l’école de vos enfants il y a une famille en détresse sociale.

Aidez-les. Un sourire, un café avec la maman et peut-être que la robe que votre petite dernière ne met pas aidera et redonnera de la fierté à cette maman.

Les pauvres ont besoins d’être reconnu, de savoir qu’ils ont une place dans la société.

Oui vous allez être choqué entre deux huîtres, un toast de parler de pauvreté. Le mot vous choque? Pauvre? Vous préférez précaires?

Un chat est un chat ! Et la première décence est de reconnaître que la France a de nombreux pauvres, et cette pauvreté touche des enfants, des jeunes, des vieux. Peut-être, un jour, toi lecteur qui me donne un peu de ton temps.

Oui, comme je l’ai dit le racisme, le rejet de l’autre, sa stigmatisation prouve que notre société est malade.

J’ai commencé par mettre en titre nous sommes des migrants, tous des migrants. Peut-être un jour nous le deviendrons, réfugiés climatiques, politiques ou fuyant la pauvreté. Il me semble que les migrants français existent! Les frontaliers qui travaillent à l’étranger, Belgique, Allemagne, Suisse. Nos frontaliers travaillent à l’étranger pour gagner un peu plus d’argent ou tout simplement travailler.. cette migration n’est pas reconnue comme telle car le frontalier rentre dans son pays d’origine tout les soirs.. il n’en reste pas moins que ces gens pour des raisons économiques travaillent à l’étranger.. les habitants de pays pauvres, en guerre ne font qu’essayer de vivre!

Le problème des migrants finalement est le plus révélateur de la maladie de nos sociétés occidentales : la peur !

Oui dans nos pays forteresses nous avons peur d’être assiégé par des gens venu de loin au péril de leur vie. Ils concentrent tout les problèmes de notre pays, la pauvreté, la tendance au racisme, aux amalgames, notre propensions à nier les crises et à réagir lentement.

* Les migrants détournent l’argent des défavorisés de chez nous..

* Les migrants sont mieux logés que certains étudiants (propos entendus dans un self hospitalier)..

* Les migrants sont des terroristes potentiels..( propos entendu pendant une réunion)

* Les migrants saccagent les maisons et sont responsables des mauvais chiffres de la délinquance.

Encore des stéréotypes.. encore des informations et des peurs infondées…

Alors que ce soir nous sommes tous des migrants temporels, nous n’aurons jamais à risquer nos vies pour franchir la frontiere de la nouvelle année..

Mais par contre nous avons tous intérêt à mieux comprendre les maux de notre société pour que cette année nous apporte la paix et la prospérité..

Pendant que nous nous préparons à faire la fête, notre Méditerranée est un cimetiere, nos côtes calaisienne sont devenues des bidonvilles où règnent la loi du plus fort. Des femmes et des enfants croyants trouver la paix, la sécurité et la prospérité se retrouvent à dormir dehors..

Pour cette nouvelle année, je souhaite vraiment que les citoyens de ce pays se réveillent et entrent en lutte, une guerre de tous les jours contre le racisme insidieux quelle que soit la forme qu’il prend, blagues, humour ou propos de notre entourage. C’est un long combat peut-être perdu d’avance, mais si on ne fait rien c’est tout les jours un peu de notre humanité que l’on perd.

C’est un souhait..

Mais je vous souhaite d’être heureux en cette année qui s’annonce. Du bonheur, de l’amour et de la joie.

Je vous souhaite la réussite sur un plan personnel et professionnel.

Meilleurs vœux pour cette année 2018..

Une année 2017 en livres et en musiques !

Et oui ! Bilan bilan …

41 livres lus cette année et trois sont sortis du lot.

* Les Furies de Lauren Groff

* À la mesure de l’univers de Jón Kalman Stefànsson.

* Et mon coup de cœur pour L’art de la joie de Goliarda Sapienza

Trois ouvrages de styles, de pays différents et pourtant touchant et marquant mon année littéraire.

Commençons voulez-vous par Les Furies un livre à la narration déroutante, envoûtante.

Ah Les Furies livre déroutant qui nous démontre qu’une histoire d’amour peut gâcher bien des choses.

Loto est un jeune homme d’une riche famille qui rencontre Mathilde une fille qui est belle, ils sont jeunes tombent amoureux et se marient très vite contre l’avis de la famille de Lotto enfin principalement de la mère de celui-ci.

Ils abandonnent leurs études, emménagent dans un petit appartement de New York. Lotto veut écrire, rêve de devenir un auteur de pièce de théâtre, refusant les petits boulots, ne vivant que pour son art. Mathilde pendant ce temps là travaille, fait vivre et encourage son mari. La situation du couple pourrait les conduire à divorcer, mais Mathilde et Lotto s’aiment d’un amour si profond que les difficultés financières, les colères, l’ego surdimensionné de Lotto sont surmontés tout au long des années de vaches maigres.

10 ans après, Lotto devient enfin un dramaturge à succès, et à l’apogée de sa carrière il meurt laissant Mathilde seule. Et là les masques tombent… l’histoire d’amour se transforme et n’est pas ce que l’on croyait au début. La surprise est totale et vous laisse à la fin du roman avec une question : connaît-on la personne que l’on aime? Vous allez peut-être fermer le bouquin et regarder votre compagnon ou compagne différemment.

Le prestigieux magasine The New Yorker a écrit

« Une prose époustouflante : à la fois précise, riche, lyrique et épique.» enthousiaste

Et Barak Obama à citer le livre en disant qu’il fallait le lire surtout quand on était en couple.

Après Mr Obama je n’ai rien à ajouter…

À la mesure de l’univers de Jón Kalman Stefànsson, est la suite du roman D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. On retrouve Ari qui revient en Islande après avoir reçu une lettre de son père lui annonçant son décès imminent. Nous retrouvons le paysage si dur, cette terre battue par les vents à la végétation éparses. Dans cette partie du monde où la neige recouvre tout, les souvenirs de la vie de Ari , son passé qu’il voulait fuir affleurent malgré l’épaisseur de cette couverture blanche.

Comme dans tout ses romans, Jón Kalman Stefánsson entremêle les époques, les histoires, les destins, les lieux. Nous retrouvons le fjord de l’Est et Keflavik cette ville de pêcheur sans océan. Les amants magnifiques du premier roman sont là eux aussi, Margrét et Oddur. Rien que pour cette histoire d’amour, lisez le premier roman D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds où vous tomberez sous le charme de la passion de ces deux personnages hauts en couleurs.

Un roman humain, avec ces moments d’héroïsme, de bonté et aussi ses bassesses, ses trahisons. Une histoire qui nous parle d’amour, de mort, de lâcheté et de courage avec une plume lyrique et simple, dans une langue nourrie de poésie. L’auteur nous délivre un message simple, l’amour est le ciment et la douleur du monde.

Lisez cet auteur venu du froid qui avec poésie fait vivre cet île de feu et de glace qu’est l’Islande.

Après l’Islande, ses landes, ses fjords et ses volcans aux noms imprononçables voyageons vers l’Italie, le sud pour être exact. Et laissons nous enseigner L’art de la joie par Goliarda Sapienza.

C’est d’abord l’histoire d’une vie, celle de Modesta, né en 1900 dans une famille miséreuse. L’histoire commence par un viol. Celui de Modesta par son père. L’art de la joie commence par un viol.. je vous sens dubitatifs. Il y a plus joyeux comme thème.

Mais en fait ce drame va propulser Modesta dans la vie, elle va apprendre à combattre, à survivre. Elle nous entraîne sur le chemin de sa libération, de sa liberté acquise grâce à sa volonté de fer. Cette force qui l’habite va entraîner le monde autours d’elle..

Modesta nous entraîne, nous enchante par sa liberté conquise.

Ce petit bout de petite fille qui ramassait des branches dans les bois se transforme en adolescente recueillie et éduquée par une riche famille, se mariera, deviendra maman, perdra son mari et prendra une amante,

Elle sera emporté dans les tourments de l’histoire de l’Italie. femme au foyer, puis propriétaire terrienne, résistante pendant la guerre et finalement une vraie chef de famille à qui on doit le respect, elle une fille de rien, une petite fille pauvre.

Elle comprend très jeune le pouvoir des livres, l’émancipation que cela représente pour une femme du début du XXe siècle. Les livres sont les boulevards de sa liberté et aussi de la nôtre. Elle lit, dévore les livres de la bibliothèque de cette riche famille qui l’a accueilli. En particulier, un personnage un peu loufoque mort à la guerre dans les tranchées qui avait une grandes quantités de livres qu’il annotait. Chacune de ses notes étaient pour Modesta une clé pour ouvrir une nouvelle porte vers la liberté. Et de livres en notes, de références en auteurs, son esprit petit à Petit comprends, intègre la notion de liberté et surtout quoi en faire !

Tour à tour maman, responsable de sa maison et de ses terres elle sera aussi professeur pour ses enfants, ses nièces et ses neveux. Enseignante novatrice, appliquant les principes de Me Maria Montessori.

Magnifique vent de liberté qui souffle tout long du roman et nous emporte avec elle..

Enthousiasmant, étonnant, charmant, envoûtant.. les superlatifs, les qualificatifs auront du mal à décrire ce que vous ressentirez à la lecture de ce livre.

Un vrai coup de cœur que ce roman, accompagnez Modesta et laissez là vous guider sur cette terre dure et âpre qu’est la Sicile. Terre d’hommes et de femmes au caractère dur comme la vie sur cette île.

Si vous n’avez quelques euros a dépenser pour le début d’année, essayez l’un des trois romans que je vous recommande, vous ne serez pas déçu !!!

Un peu de musique voulez-vous ?

J’ai acheté 10 albums sur tout ce que j’ai écouté cette année. Il y en a trois que j’écoute en boucle et qui m’ont vraiment plu. La musicalité de ces compositions m’ont touché durablement.

Avant de donner mes coups de cœur musicaux, je te préviens amicalement lecteur, je n’écoute jamais la radio, pas d’émissions musicales et encore moins Les télé crochets. Je n’aime pas la musique populaire, toutes ces chansons préfabriquées pour vendre m’assomment.

Je suis un inconditionnel du jazz, un fana de jazz et si le leader est pianiste c’est encore mieux.

Et bien entendu le Classique qui nous donne toujours ce petit supplément d’âme.

Alors parlons de ces trois albums jazz qui ont retenu mon écoute attentive cette année.

* Chris Tile & Brad Meldheau de Chris Tile

une association incroyable d’un magnifique et talentueux joueur de mandoline et d’un pianiste de jazz le plus emblématique de sa génération.

De la mandoline ? Jazz? La mandoline devient un instrument groovy?

Oui messieurs, mesdames ! Chris Tile a un talent incroyable de faire groover sa mandoline, le piano est là pour l’accompagner mais c’est bien la mandoline qui fait le jazz.

La mandoline, cet instrument italien utilisé par les séducteurs pour jouer la sérénade ou par le batelier de Venise. Elle a un peu cette image qui lui colle à la calebasse.. un instrument suranné.

STOP AUX IDÉES REÇUES!

Comme vous, j’ai hésité à écouter ce drôle de mélange. Je me revois devant mon écran d’ordinateur à me demander si j’allais cliquer sur lecture. Et puis j’ai appuyé sur lecture poussé par mon incroyable curiosité (parfois elle me joue des tours). Quel bonheur, non seulement la mandoline et le piano se complète à merveille mais en plus Chris Tyle pose sa voix sur les morceaux. Du jazz oui, ça groove, ça claque. Punaise cette gifle, que j’écoute toujours avec autant de bonheur.

Si vous êtes curieux, si vous aimez les surprises musicales. Cet album est fait pour vous.

* Live in Germany de Giovanni Mirabassi

Un concert solo de piano. Exercice très difficile pour un artiste qui se retrouve seul devant son public avec son instrument pour interpréter ses compositions originales. C’est une vraie belle rencontre que ce pianiste italien. Un rendez-vous agréable et passionnant. On entre vraiment dans l’univers pianistique de cet auteur.

A écouter, un verre à la main devant une cheminée concentré sur la note.

* Marseille de Ahmad Jamal.

Cet artiste de plus de quatre vingts ans, ce pianiste aux doigts Si léger produisant un jeu si élégant Nous offre une ode à sa ville de cœur Marseille. Il a invité sur cet album des artistes tel que Abd al Malik, qui chante sur le titre Marseille, Nina Agossi qui chante aussi le titre Marseille. Ce dernier étant à mon avis celui qui gâche l’ensemble. Un morceau inutile, posé là comme une obligation. L’interprétation d’Abd al Malik est touchante, on ressent tout l’amour que l’auteur et l’interprète ont mis pour séduire la belle. Malik avec son flow et Jamal avec son sens inné de la mélodie et du jazz.

Un très bel album..

* New Monk Trio de Laurent de Wilde

C’est le centenaire de la naissance de Thelonious Monk, « The Sphere » un monstre sacré du jazz qui l’a révolutionné en créant le bee bop.

Laurent de Wilde est un pianiste et compositeur de jazz français né à Washington de renommée internationale. Plusieurs fois primés, qui est aussi écrivain ( il a fait Normal sup’) qui a écrit son premier livre sur le pianiste Thelonious Monk.

Donc le centenaire de la naissance de Monk et du vingtième anniversaire de la sortie de l’autobiographie sur Monk, LAURENT de Wilde sort un disque en trio et revisite le répertoire de son mentor, de son maître, du monstre sacré. Il modifie, mélange Les morceaux les plus célèbres de Monk. C’est un album incroyable et novateur. Une visite d’un musée par un guide qui réinterpréte à son goût et sans déformer la philosophie de l’œuvre. S’attaquer à un tel génie du jazz est une chose difficile car on ne pardonnera jamais une mauvaise interprétation de Monk’s dream, Round midnight, Blue Monk et tant d’autres classiques. Une fausse note ou une harmonie ratée et c’est déclencher une vague d’indignation, une envie de mettre au pilori l’auteur de ce crime tympanique.

Mais depuis qu’en 1987 paru sur la scène jazz, ce prodige du piano, LAURENT de Wilde nous a toujours habitué à la perfection, encore une fois démontrée sur cet album.

Quel bon moment que cet visite du répertoire de Monk, un hommage au maître encore aujourd’hui incompris.

Dans le domaine classique un jeune pianiste français a retenu mon attention, cela fait trois années que ce pianiste de talent album après album séduit mon oreille.

En 2015, Finaliste du prestigieux concours international de Tchaïkovsky à Moscou, 4ieme de ce concours a 24 ans en jouant le concerto pour piano N°2 de Franz Liszt et le concerto pour piano et orchestre N°1 de Piotr Illitch Tchaikovsky. Il a remporté le prix de l’Association de la critique musicale de Moscou et a par son interprétation tellement enthousiasmé les critiques et le public russe qu’il a eu le privilège de jouer pour le concert de Gala au Mariinsky, invité par Valery Gergiev ( chef d’orchestre russe). Pour comprendre l’honneur fait à notre pianiste français, je vous rappelle que seuls les lauréats ont le droit de jouer ce soir là.

Cette place de finaliste lance sa carrière de concertiste et lui vaut l’éloge de la critique. Le critique français membre du jury le qualifie de « génie » et de « phénomène pianistique ».

Mais qu’est-ce que c’est que ce concours? je sens pointer une forme d’interrogation.

Ce concours Tchaikovsky ( du nom du compositeur Piotr Illitch Tchaïkovsky) est un des plus prestigieux du monde, il a lieu tous les quatre ans depuis 1958. Concours réservé au pianiste, violoniste, violoncelliste et au chant. Les sélections sont rudes et se déroulent en trois étapes et se déroulent au mois de juin.

Les différents jurys internationaux sont composés de professeurs de musique reconnus, de solistes de renoms et parfois de lauréats du concours.

Il se peut que le premier prix ne soit pas attribué ou alors partagé entre plusieurs candidats.

C’était en 2015, pour la XVe édition de ce concours, le seul français finaliste face à quatre russe et un américain.

Travaillant surtout l’émotion au détriment de la technique pure, ses interprétations sont toujours empreintes de délicatesses et de finesses.

A écouter même pour les plus hermétiquement fermés à la musique classique. Lucas Debargue aura peut-être la clé pour atteindre votre cœur et vous sensibiliser à l’art classique.

* Lucas Debargue Schubert et Szymanowsky

Trois œuvres parfois survolées par les pianistes. Deux sonates de Schubert si délicate et une œuvre méconnue du public une sonate de Szymanowsky.

Un bonheur de délicatesse a consommer et à faire partager sans modération et sans retenue…